L’opération de déguerpissement engagée en prélude à l’investiture du Président Mamadi Doumbouya et poursuivie avec célérité dans toutes les communes de Conakry ne saurait être réduite à une simple action administrative.
Elle constitue un acte de gouvernance, révélateur d’une volonté politique de refondation. Dans une capitale longtemps marquée par l’anarchie urbaine, l’État réaffirme sa capacité à réguler l’espace public et à imposer la primauté de l’intérêt général sur les pratiques individuelles…
La légitimité de cette opération repose sur un socle normatif clair et incontestable :
– Le Code de l’urbanisme prohibe toute occupation illégale des emprises publiques et impose le respect des plans d’aménagement.
– Le Code de la construction et de l’habitation (L/2015/020/AN, article 1er et suivants) rappelle que nul ne peut ériger ou maintenir une installation sans autorisation conforme aux prescriptions légales. Toute occupation non conforme aux prescriptions légales est sanctionnée, ce qui fonde juridiquement l’opération de déguerpissement. Les occupations anarchiques des emprises publiques violent les dispositions relatives à la planification urbaine et à la préservation des espaces collectifs .
– Le Code de la route (Article 26) sanctionne toute obstruction des voies de circulation par des objets ou installations anarchiques. « Quiconque, en vue d’entraver ou de gêner la circulation, place ou tente de placer sur une voie ouverte à la circulation un objet faisant obstacle au passage des véhicules… » est passible de sanctions. Les occupations illégales des abords des voies publiques constituent donc une infraction caractérisée. Donc punissable.
Ainsi, l’opération de déguerpissement n’est pas une mesure arbitraire, mais l’application stricte de la loi. Elle traduit la responsabilité de l’État en tant que garant de l’ordre public et de la sécurité collective.
Au-delà de la légalité, l’opportunité de l’action est manifeste :
– Elle répond à une exigence de sécurité et de mobilité urbaine, en libérant les voies de circulation.
– Elle vise à restaurer l’esthétique et l’attractivité de la capitale, condition sine qua non pour renforcer la crédibilité institutionnelle et attirer les investissements.
– Elle s’inscrit dans une logique de refondation nationale, où l’urbanisme devient un instrument de modernisation et de projection internationale.
La rapidité de l’opération, parfois mal comprise, est en réalité un signal fort : l’État agit avec détermination pour transformer Conakry en une métropole moderne.
Les revendications de dédommagement formulées par certains citoyens doivent être analysées avec rigueur :
– Les revendications de dédommagement ne sont pas fondées juridiquement.
– En droit, nul ne peut se prévaloir d’un droit acquis sur une occupation illégale. Les installations anarchiques ne créent pas de droits patrimoniaux opposables à l’État.
– L’indemnisation n’est envisageable que dans le cadre d’une expropriation légale pour cause d’utilité publique, conformément aux procédures prévues par le Code de la construction et de l’habitation.
– Dans le cas présent, il s’agit d’une libération des emprises publiques illégalement occupées par la complicité souvent des administrateurs de marché, les services communaux, les responsables de quartiers, etc. ce qui exclut toute compensation.
Cette clarification est essentielle pour éviter la confusion entre la protection des droits légitimes et la tolérance des pratiques illégales.
L’opération de déguerpissement est à la fois un acte juridique, un geste politique et une démarche sociétale. Elle incarne la volonté de l’État de refonder l’ordre urbain et de redonner à Conakry son image de « Perle de l’Afrique ».
Mais cette refondation ne peut réussir sans l’adhésion des citoyens. Respecter le Code de l’urbanisation et les règles de construction, c’est participer à une œuvre collective : bâtir ensemble une capitale digne, moderne et respectée.
Par Joachim Baba Millimouno







