Il fut un temps où beaucoup de Guinéens, politiciens ou simples citoyens ne pariaient pas sur Bah Oury. Surtout à la tête d’un gouvernement militaire. Mais l’homme déjoue tous les pronostics. Il s’est imposé comme un pilier, une passerelle, un catalyseur, un incontournable de la scène publique.
J’avais dit mon pressentiment sur l’homme dans l’un de mes articles intitulés : « Avec Bah Oury, le bon aboutissement de la transition », mars 2024. Relire le texte, donnerait une idée …
Bah Oury et Doumbouya, du mariage transitoire au couple permanent
Ils sont rares ceux qui pensaient que les noces, allaient durer entre le bouillant ancien ministre de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions (2008) et l’impétueux Général. L’un, est un soldat insubordonné, en métalangage militaire, qui a commis un coup d’État, tandis que l’autre, est un tonitruant personnage qui a pris une part active dans toutes les péripéties, et des plus agitées, de la vie politique guinéenne entre 1990 et 2021.
En toute vraisemblance, les points d’achoppement étaient plus nombreux entre les deux personnalités que les points de convergence.
Cependant, l’expérience de deux années de collaboration peut conduire aujourd’hui à tenter de trouver quelques hypothèses de points communs. Sinon, des indices de la durabilité des liens entre les deux têtes de l’Exécutif.
Une approche (ou regard) croisée, déduite de mes observations de la mandature de Bah Oury, m’a conduit à quelques hypothèses.
Le Premier Ministre, l’ai-je dit, est un tonitruant personnage politique qui a affronté le tout premier pouvoir militaire guinéen en étant le Président du Comité d’Organisation du Meeting du 28 septembre 2009 (voir son témoignage pathétique lors du procès). Ensuite vint l’exil. Ce sort réservé à plus d’un grand homme qui, bien avisé, peut en sortir grand en utilisant ce temps d’expériences humaines pour rebondir. Mais, faut-il avoir une stratégie : savoir négocier quand on n’est pas en position de faiblesse en évitant le radicalisme et les pièges du Mal du pays, mais aussi avoir un projet.
Le second, Mamadi Doumbouya, est, d’après bien de témoignages, un légionnaire aguerri. Être passé par la Légion Etrangère, est en soi un CV pour qui connaît, tant soit peu, les branches militaires. Ces sont quelques points de convergence qu’on peut résumer en courage, en audace, pour l’un et l’autre.
Si la trajectoire les rapproche par recoupement, d’autres facteurs les éloignent : l’âge notamment. Les deux personnalités ne sont pas de la même génération. Plus de deux décennies les séparent. De là naît, paradoxalement, la convergence la plus plausible. Doumbouya est un jeune homme, moins de la quarantaine en 2021, et juste quarante ans à la nomination de son Premier Ministre en février 2024. Il a déjà eu deux ministres, l’un plus âgé que Bah Oury et le deuxième, de quatre ans l’aîné du Général.
La mayonnaise n’a pas trop tardé à fondre avec Mohamed Béavogui alors que Gomou, qui n’a pas fait long feu non plus, avait autant besoin d’apprendre que son mentor.
C’est dans ce jeu de chaises, de rapprochement- séparation au sommet et de la quête du meilleur que le choix s’est porté sur le Premier Ministre sortant.
Le Chevalier Oury
Tout bon Roi, tout bon Général a besoin d’un bon meneur de troupe.
Doumbouya le sait, car plus que sauver ses galons, il a besoin de sauver son gouvernement et réussir sa gouvernance.
C’est alors qu’il fait appel au Chevalier Oury pour surmonter les premiers obstacles et échecs, prévenir et réussir les prochains en remobilisant les troupes et recruter de nouveaux acteurs.
Le personnage semble, aux yeux de plus d’un, incarner les attentes et apparaît en vrai Chevalier avec toute la symbolique du titre : courage, valeur, vertu, loyauté, courtoisie. Les deux personnalités (Bah Oury et le Président) auraient ces traits de caractère et qualités humaines en commun.
Autant Doumbouya impressionne le commun des mortels, autant il serait affable, attachant, affectueux, d’une écoute rare allant jusqu’à prendre personnellement note.
Quant à Bah Oury, à la fougue des années de jeunesse politique s’est substituée des qualités humaines et la posture d’un homme d’Etat. Il s’est assagi et s’est installé dans le paysage politique guinéen, plus que bien d’autres. Ces points de jonction ou de convergence n’excluent pas de divergence. Au vu de la longévité à la Primature, on pourrait dire qu’entre Doumbouya et Bah Oury, c’est plutôt le miel qui a pris le dessus sur le cidre.
Le couple auquel beaucoup ne croyait pas : caractère de l’un, doublé d’un chantage politique de trahison de ses valeurs, infréquantabilité pour ne citer que cela. Pour le second, passé militaire, Président ayant usé 2 premiers ministres en moins de deux ans et demi, etc.
Mais non, le couple est là. Apparemment bien solide. Chacun a tenu dans le temps. Si cela n’a pas été facile pour les deux, le plus difficile a sûrement été pour le premier Ministre. Répondre aux doubles attentes du Chef, de la nation et du peuple de Guinée, pour nous résumer.
Bah Oury dans l’arène : l’expérience au service d’un homme et d’une nation
C’est en février 2024 que le Chef de l’Etat fait appel à l’économiste au poste de Premier Ministre. Si le contexte n’est pas des plus hostiles, il n’en demeure pas moins, qui n’était pas des plus faciles.
Le départ du premier ancien premier ministre était encore dans les esprits et continuait à faire débat dans certains milieux. Celui qui l’a succédé, de manière intérimaire, avant d’être confirmé, est parti un an et demi à peine après sa prise de fonction. Le moteur gouvernemental semble être grippé et la boussole, pas celle de la juste, aller dans tous les sens, confondant nord et sud, hémisphères et parallèles. Tout semblait au ralenti, tout simplement.
Il fallait redémarrer la locomotive d’autant plus que Simandou 2040 méritait une promotion tant nationale qu’internationale. Ce qui était impossible sans un nouveau leadership. C’est l’un des premiers défis de Bah Oury : la lisibilité et l’acceptation de la Guinée à l’international.
Toutefois les défis internes étaient là : se faire de la place, imposer sa méthode, son leadership, cohabiter avec des anciens et des nouveaux, des civils et des militaires, des adversaires politiques d’hier, alliés au gouvernement désormais. Et, bien sûr, réussir la mission confiée par le Président de la République. On se souvient que les débuts n’étaient pas des plus aisés. Si le PM n’était pas contredit en Conseil, on n’en sait rien, il en était autrement publiquement. Certains, faut-il le dire, ont vite compris et lâché ses baskets. D’autres en revanche n’ont pas voulu démordre allant jusqu’à se voir à sa place en contestant tout acte présidentiel pris en sa faveur : Direction du Directoire national de la Campagne GMD et, Chargé de la « Mission de faire grandir la Mouvance politique GMD ». Qu’à cela ne tienne. Bah Oury a tenu de plus belle.
La Nouvelle mission après le Palais de la Colombe
Des campagnes électorales successives réussies, l’élection du Mamadi Doumbouya acquise et confirmée par la Cour Suprême avec le score que nous connaissons (86,72%). Avec tous ces exploits, il sera difficile, impensable même, de glorifier et remercier le Premier Ministre. Sûrement deux choix se poseront : le reconduire à son poste ou lui trouver une nouvelle fonction. La première hypothèse me paraissant plus raisonnable. Le second pouvant attendre l’après législatives.
L’option présidentielle devrait être, du moins à court terme, et au vu des d’enjeux de garder le locataire du Palais de la Colombe. Mais cette prérogative réservée au Chef de l’Etat ne saurait être développée davantage. Il reste que, s’il s’agit de griller son maïs pour le donner au macaque, il vaudrait mieux le lui lancer cru. Autrement dit, il est préférable de remanier, en profondeur s’il le faut, et garder le Chevalier qui a fait preuve de tant de vertu et de réussite.
Quoi qu’il en soit, la voix semble être tracée pour Bah Oury pour celui qui sait lire entre les lignes. Il ne reste plus qu’à trouver la méthode pour résoudre la nouvelle équation posée par le Maître, plus haut, en termes de choix présidentiel.
En homme d’expériences, ayant acquis une réelle stature d’homme d’Etat, Bah Oury semble être venu dans une transition qui a pris fin pour s’installer dans la durée, pour quelle mission, quel mandat, quel poste, cela revient au Premier Président de la Ve République.
Lamarana-Petty DIALLO lamaranapetty@yahoo.fr







