En Guinée, la justice semble suivre une logique cyclique : chaque nouveau régime s’intéresse davantage aux fautes du précédent qu’à l’établissement d’une vérité globale et équitable.
Sous le régime de Lansana Conté, l’accent était mis sur la libération des prisonniers de l’ère Ahmed Sékou Touré, comme pour solder un passé douloureux, mais sans véritable audit des dérives économiques.
Avec Moussa Dadis Camara, le curseur s’est déplacé vers les dignitaires du régime Conté, accusés de détournement de deniers publics.
Puis, sous Alpha Condé, le mot « détournement » semblait presque tabou. Pire, lorsque des lanceurs d’alerte dénonçaient certaines pratiques, tout un système se levait pour défendre les accusés comme l’illustre le cas de Zenab Nabaya.
Avec l’arrivée de Mamadi Doumbouya, une nouvelle page s’est ouverte, mais sans rompre avec cette logique. Les regards se tournent principalement vers les supposés détournements du régime précédent, laissant dans l’ombre des fautes plus anciennes, comme si elles avaient été effacées par le temps. Pourtant, les premiers fossoyeurs des biens publics vivent souvent sans inquiétude, après avoir bâti des fortunes sur le dos du peuple. Cette justice sélective interroge : cherche-t-on réellement la vérité ou simplement à régler des comptes ? La justice ne devrait pas être une arme de vengeance politique, mais un pilier de vérité et d’équité. Tous les responsables, sans exception ni considération de régime, devraient répondre de leurs actes. Même posthume, la responsabilité peut être établie, et les biens mal acquis récupérés au profit de la nation.
Il est donc temps de rompre avec cette culture de l’impunité ciblée. Une réforme profonde s’impose : garantir une véritable indépendance de la justice. Car comment un ministre de la Justice, nommé par le pouvoir exécutif, peut-il s’opposer librement à celui qui l’a désigné ? En Guinée, trop souvent, les nommés servent les décrets plutôt que le peuple. Et tant que cela perdurera, la justice restera perçue non comme un recours, mais comme un outil. Quel dommage pour une nation en quête de justice et de dignité.
Abdoulaye Kaback Camara Journaliste







