C’est avec une profonde tristesse et une vive émotion que nous nous réunissons aujourd’hui pour rendre hommage à l’un des plus illustres ambassadeurs de notre patrimoine culturel : Boubacar Barry, affectueusement connu sous le nom de Baba Galé.
Né le 19 mars 1961 à Horé Koubi, dans la préfecture de Dinguiraye, Baba Galé a consacré toute son existence à la musique et à la valorisation de notre identité culturelle. Il nous a quittés à la suite de blessures causées par un accident de la circulation à Hamdallaye, laissant derrière lui une famille éplorée et une nation tout entière en deuil.
Son histoire est celle d’une passion née dans la simplicité et l’authenticité de la vie rurale. Alors qu’il gardait les champs et les troupeaux dans son village natal, il découvrit son amour pour la flûte. En pleine brousse, profitant du silence et de l’immensité de la nature, il fabriquait lui-même son instrument, composait ses premières mélodies et laissait son inspiration s’élever au rythme du vent et des montagnes. Entre la garde des troupeaux et la chasse aux oiseaux se dessinait déjà une vocation exceptionnelle.
À travers la flûte pastorale, instrument emblématique du Fouta Djallon, il a su porter haut l’âme et l’histoire de notre région. Sous ses doigts, chaque note devenait un message de paix, de mémoire et de fierté culturelle. Car la flûte pastorale n’est pas un simple instrument : elle est la voix de nos traditions, le souffle de nos bergers, l’écho de nos montagnes et le symbole vivant de notre héritage. Et Baba Galé en fut l’un des plus dignes et talentueux interprètes.
Membre du groupe Djéré Fouta, collaborateur de Conakry Cocktail, de Wontanara et de la légende Lama Sidibé, il a accompagné de nombreux artistes et contribué à plusieurs albums qui ont marqué la scène musicale nationale et internationale. Flûtiste professionnel et enseignant passionné à Thiabala, au Centre Foula Flûte de mon frère Momo et Vero, il était un artiste-compositeur engagé et membre de plusieurs ensembles artistiques. Il a partagé son talent avec des figures d’ici et d’ailleurs, inscrivant son nom dans des œuvres devenues mémorables.
Son talent, sa créativité et son professionnalisme ont fait de lui une référence incontestée de l’univers artistique guinéen. Mais au-delà du musicien accompli, il y avait un homme humble, accessible, profondément attaché à ses racines et animé d’un sens aigu du partage.
Depuis plus de trente ans, il résidait au quartier Hafia, à Conakry, où il poursuivait avec constance sa mission de transmission aux côtés de son frère et ami Mamadou Djomby. Il formait, conseillait et inspirait la jeunesse, servant la culture avec dévouement, fidélité et générosité.
Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement Horé Koubi et Dinguiraye qui pleurent. C’est toute la Guinée qui perd un immense artiste, un gardien des traditions, un homme engagé et fidèle à sa mission culturelle comme à son peuple.
Baba Galé était également un homme de famille : époux attentionné, père de neuf enfants, dont deux filles. À son épouse, à ses enfants, à ses proches, à ses compagnons de scène ainsi qu’à l’ensemble du monde culturel, nous adressons nos condoléances les plus attristées et l’expression de notre profonde solidarité.
Que son œuvre continue de résonner dans nos montagnes, dans nos villages et sur nos scènes.
Que sa flûte demeure à jamais le souffle vivant du Fouta Djallon.
Que son âme repose en paix.






