Dans plusieurs rédactions, une ombre plane sur la plume des journalistes : le journalisme « alimentaire », cette pratique où le noble devoir d’informer cède du terrain à une avidité vorace pour le gain facile. Loin d’être un épiphénomène isolé, elle s’est muée en coutume ancrée, gangrenant les rédactions de la capitale comme celles de l’intérieur du pays et, piégeant un peuple assoiffé de vérité dans un labyrinthe de mensonges mercantiles.
Mon Dieu ! Que sont devenus certains journalistes de ce pays étrange ?
Un reporter, micro en main, devrait être le chien de garde de la démocratie, scrutant les faits avec une impartialité acérée. Au lieu de cela, il troque son objectivité contre des enveloppes grasses, des gombos comme on le dit dans le milieu, dictés par des puissants en quête de complaisance. Les enquêtes sérieuses s’effacent devant des « scoops » fabriqués, des titres sensationnalistes au service d’intérêts occultes.
Ce n’est plus du journalisme, c’est du commerce déguisé ! Ayons le courage de le clamer.
L’avidité, ce monstre aux mille visages, pots-de-vin, publicités occultes, partenariats douteux, ronge les fondations éthiques. Dans de nombreuses rédactions de Conakry comme à l’intérieur, des plumes aguerries se prostituent pour un salaire de misère complété par ces « aumônes » empoisonnées. Résultat ? Une information biaisée, où la vérité est la première victime.
Allah Akbar !
Le peuple, lui, est pris au piège. Il allume son poste, consulte son téléphone, avide de clarté sur les scandales, les crises, les promesses non tenues. Mais que reçoit-il ? Un brouet indigeste de propagande recyclée, de rumeurs amplifiées pour plaire au plus offrant. Cette dérive n’est pas anodine, elle sape la confiance publique, alimente les divisions, et fragilise la jeune démocratie guinéenne. Quand les journalistes, censés être les sentinelles impartiales, deviennent les porte-parole stipendiés, c’est l’ensemble de la nation qui sombre dans l’opacité.
Pire, cette coutume s’institutionnalise. Des formations bâclées, des ordres de rédaction qui privilégient le buzz rentable au fact-checking rigoureux, et une autarcie corporatiste qui ferme les yeux sur les dérives. Les ordres professionnels ? Muets ou complices. Les régulateurs ? Impuissants ou instrumentalisés.
Il est temps de sonner l’alarme ! Oui.
Les journalistes doivent reconquérir leur âme : refuser les compromissions, exiger des salaires dignes, investir dans l’indépendance éditoriale. L’État, les bailleurs, les patrons de presse : tous ont un rôle. Sans cela, le journalisme guinéen ne sera plus qu’un cirque mercantile, et le peuple, éternel otage d’une information empoisonnée.
Réveillons-nous ! L’impartialité n’est pas un luxe, c’est le socle de toute République. Que les plumes se redressent, ou la Guinée paiera très cher cette haute trahison.
Wasalam.
(Molota)







