À Mamou, les autorités préfectorales ont convoqué en avril 2026 les occupants de zones réservées à l’État pour une réunion visant la reconstruction d’édifices publics urbains emblématiques. Elles ont exigé leur départ dans un délai <<très court.>> Parmi les sites concernés figure le domaine historique dit « Buffet de la Gare », actuellement en phase de rénovation par l’État guinéen, avec des projets de transformation en hôtel et autres infrastructures. Les personnes impactées incluent le pharmacien Dr Mamoudou Diallo, propriétaire de la Pharmacie « Amine ».
Les faits remontent à la semaine du 23 avril 2026, lorsque les occupants ont été appelés par la préfecture de Mamou pour une réunion officielle. Le préfet a clairement indiqué que l’État reprenait possession des lieux pour rénover le « Buffet de la Gare » et y développer un hôtel, soulignant l’urgence de la reconstruction.
Cette opération s’inscrit dans une politique plus large de récupération des domaines publics occupés depuis l’arrêt des activités ferroviaires. Des particuliers et commerces ont investi des sites comme la gare de Mamou. Le « Buffet de la Gare » représente un patrimoine historique de la localité, autrefois partie intégrante d’un complexe ferroviaire incluant hôtels et dépôts. Aujourd’hui en état de vétusté, il est squatté par des activités commerciales informelles. Bien que louable, l’initiative étatique de rénovation pose des défis majeurs aux occupants légitimes, particulièrement ceux exerçant des services essentiels à la population.
Dr Mamoudou Diallo, pharmacien et propriétaire de la Pharmacie « Amine » à Mamou, exprime le plus vivement l’impact dévastateur de cette mesure. « C’est la semaine dernière, le 23 du mois dernier, que nous avions été appelés par la préfecture pour nous dire de quitter les lieux. Je ne sais pas si c’est un particulier, mais c’est l’État, comme c’est le préfet qui nous a convoqués à la préfecture pour nous dire qu’ils ont besoin du coin, qu’ils veulent rénover le buffet de la gare et faire un hôtel », témoigne-t-il avec émotion.
Il insiste sur son désarroi personnel : « Moi, personnellement, je suis beaucoup impacté. Comme tu vois, ma pharmacie est déplacée. Je n’ai pas encore trouvé un local où m’installer. »
Dr Diallo souligne la singularité d’une pharmacie par rapport à un simple commerce : « La pharmacie n’est pas comme un magasin ou une boutique. C’est un lieu qui est situé géographiquement par le ministère de la Santé en collaboration avec le ministère de l’Habitat, représenté par l’habitat préfectoral. Et aussi la population. »
Cette implantation n’est pas anodine ; elle répond à des critères stricts de régulation sanitaire et d’accessibilité publique, rendant tout déménagement complexe et réglementé. Depuis l’annonce, l’activité est paralysée : « La situation est beaucoup impactée parce que depuis ce jour, depuis une semaine, nous n’avons pas vendu. Nous sommes en train de prendre soin des médicaments, de démanteler les étagères et toutes les installations. »
La Pharmacie Amine, déjà victime de cambriolages répétés comme en août 2025 et plus récemment, incarne un pilier de santé locale à Mamou. Son évacuation forcée amplifie les vulnérabilités d’une communauté dépendante de ses services. Le Dr Diallo décrit le processus : averti le 23 avril, sommé de partir, avec un délai repoussé au 11 mai après négociations infructueuses.
L’arrêt brutal des opérations à la Pharmacie Amine prive les habitants de Mamou d’un accès vital aux médicaments, aggravant les souffrances quotidiennes dans une région où les infrastructures sanitaires sont limitées. « La population en pleure », confie le pharmacien, illustrant le désarroi collectif face à cette interruption. Les occupants doivent non seulement démanteler leurs installations, étagères et stocks de médicaments périssables, mais aussi affronter l’incertitude d’un relogement, dans un contexte où les loyers et les normes d’implantation pharmaceutique freinent toute solution rapide.
Cette situation n’est pas isolée ; elle reflète des opérations de déguerpissement récurrentes à Mamou, comme celle de février 2026 à la gare routière de la Conserverie, où des dizaines de boutiques ont été rasées, laissant des familles sans abri malgré des notifications préalables. À chaque fois, l’absence de recasement adéquat soulève des questions d’humanité et d’équité, particulièrement pour les services de santé publique.
Face à cette impasse, Dr Mamoudou Diallo lance un appel solennel : « Nous nous lançons un appel à l’endroit de l’autorité préfectorale, comme je l’avais déjà demandé auparavant, de nous laisser ici ou bien de voir la situation. Ça n’a pas été le cas. Nous demandons maintenant à l’autorité si c’est une reconstruction qu’ils sont en train de faire, et mettre des magasins et de recaser tous ceux qui étaient là pour récupérer leur place. »
Il plaide pour une reconstruction inclusive, où l’État prévoirait des magasins ou des emplacements de recasement pour les occupants, permettant une reprise fluide des activités sans préjudice pour la population. Cet appel met en lumière un équilibre possible entre développement public et droits des citoyens : au lieu d’une évacuation brutale, une transition négociée avec prolongation de délai et aide au relogement préserverait le tissu économique et sanitaire local.
Il faut souligner que les anciens occupants ont déjà vidé les lieux ; certains sont en train de quitter. Le chantier a déjà démarré sur place.
Ibrahima Molota Soumah pour Walpemedia.info







