L’affaire opposant la commune de Ratoma à l’Électricité de Guinée (EDG) continue de susciter de nombreuses réactions dans les médias et sur les réseaux sociaux. Au cœur de la polémique : une prétendue dette de 600 millions de francs guinéens réclamée à la mairie par EDG, ainsi que des accusations de violences qui auraient été exercées sur une femme présentée comme enceinte lors de la fermeture de l’agence de Taouya.

Pour tenter d’éclairer l’opinion sur cette affaire, Walpmedia.info est allé à la rencontre de Boubacar Korbonya Baldé, directeur des Micro-réalisations de la commune de Ratoma. L’intéressé rejette catégoriquement plusieurs accusations et affirme que les documents en possession de la mairie ne correspondent pas aux montants avancés publiquement.

Selon Boubacar Korbonya Baldé, la mairie ne reconnaît pas une dette de 600 millions de francs guinéens envers EDG «Comme cela a été dit, il y a un malentendu, voire des diffamations. Cela a commencé pendant la campagne des élections communales et communautaires. À ce moment-là, EDG est venue vers la mairie pour la pose de compteurs prépayés. L’autorité était alors assumée par les secrétaires généraux. M. Djélimori Kourouma, qui était le secrétaire général sortant, n’a pas refusé la pose des compteurs. »
Le responsable communal affirme que les compteurs concernés sont toujours visibles dans l’enceinte de la mairie et soutient que la facture brandie dans le débat public ne correspond pas à une dette de 600 millions de francs.
« La facture qu’EDG nous a envoyée est là. Ce n’est pas une facture de 600 millions. C’est une facture de 359 millions et quelques. Dans cette facture, il y a notamment la gendarmerie, le commissariat central et la Maison des jeunes. »
Pour lui, ces différentes structures ne relevant pas directement de la commune, leurs consommations ne devraient pas être imputées à la mairie de Ratoma « La gendarmerie relève du Haut Commandement, le commissariat central relève de la Direction générale de la Police et les maisons des jeunes relèvent du ministère de la Jeunesse. Ce sont donc des services sectoriels différents. La facture qui concerne directement la mairie est de 11 millions et quelques. Sur ce montant, nous avons déjà payé 5 millions. »
Le directeur des Micro-réalisations dit ainsi vouloir s’appuyer sur les documents plutôt que sur les déclarations publiques.
La mairie dément les accusations de violences contre une femme enceinte
Autre point au centre de la controverse : des accusations selon lesquelles une femme enceinte aurait été violentée lors de l’intervention à l’agence EDG de Taouya.
Sur ce sujet également, Boubacar Korbonya Baldé dément formellement.
« EDG a fait entendre à la population guinéenne qu’une femme enceinte avait été frappée et qu’elle saignait. Là aussi, vous pouvez recouper l’information à la clinique de Taouya. Le médecin-chef, a examiné cette dame. Selon lui, cette femme n’était pas enceinte. Je voudrais donc que cette information soit également recoupée »
Le responsable communal assure par ailleurs qu’aucune femme enceinte n’a été frappée au cours de l’opération.
Dans son récit, Boubacar Korbonya Baldé revient également sur les circonstances ayant précédé l’intervention des forces de l’ordre à l’agence EDG de Taouya.
Selon lui, le courant avait été coupé dans l’enceinte de la mairie durant plusieurs jours «La semaine dernière, EDG a coupé le courant dans l’enceinte de la mairie de Ratoma. Mardi, mercredi et jeudi, nous n’avions pas d’électricité. Nous avons délégué un vice-maire et un chef de service auprès de la direction d’EDG afin de nous informer et de nous mettre autour d’une table de négociation »
Il affirme que les démarches entreprises auprès de la société n’auraient pas permis de trouver rapidement une solution « Nous avons appelé le responsable technique, M. Idrissa Camara, qui avait procédé à la coupure. Il avait promis de venir vers 14 heures, mais il est finalement arrivé vers 18 heures. En présence du maire, il avait promis que le courant serait rétabli le jeudi soir»
Selon son récit, le courant n’aurait toutefois pas été rétabli dans le délai annoncé.
Face à cette situation, le maire aurait convoqué le responsable technique d’EDG afin qu’il s’explique. La convocation aurait ensuite été transmise à la hiérarchie de l’intéressé.
« Imaginez un service public qui ne fonctionne pas pendant trois jours. Pour nous, la mairie est comme un hôpital. C’est quelque chose de primordial. Comme nous n’avons pas eu de répondant à travers EDG, le maire a fait une réquisition de la gendarmerie et de la police pour aller faire sortir les travailleurs de l’agence de Taouya, fermer les bureaux et ramener les clés à la mairie»
Boubacar Korbonya Baldé affirme que les responsables d’EDG se seraient ensuite présentés sur les lieux, conduits par le directeur général adjoint de la société.
Après des échanges entre les deux parties, un compromis aurait finalement été trouvé « Le DGA a demandé à M. le maire de libérer M. Idrissa, qui était en audition à la gendarmerie, et de rouvrir les bureaux d’EDG. Le maire a appelé le colonel Benté de la gendarmerie, qui a instruit de libérer M. Idrissa et de faire rouvrir l’agence. Nous nous sommes séparés vers midi et le courant a été rétabli. Pour nous, le problème était terminé. »
Le responsable communal dit avoir été surpris de voir ensuite le syndicat d’EDG évoquer publiquement une dette de 600 millions de francs à la charge de la commune de Ratoma.
Il revient également sur la question des compteurs prépayés «Nous n’avons pas accepté l’opérationnalisation des compteurs prépayés parce que nous avons estimé qu’il fallait nous référer à notre tutelle. Nous avons le gouvernorat et le ministère de la Décentralisation. Nous avons donc demandé à nous référer à eux »
Selon lui, c’est à la suite de ces échanges qu’EDG aurait publié un communiqué demandant aux communes de régulariser leurs compteurs dans un délai de deux semaines
Revenant une dernière fois sur les accusations de violences, Boubacar Korbonya Baldé maintient sa version des faits « Tout ce qu’ils disent là-bas, ce sont des accusations. Jamais une dame enceinte n’a été frappée. Lorsque les gendarmes sont arrivés, ils ont demandé à tout le monde de sortir parce qu’ils allaient fermer les bureaux. Les gens ont obtempéré. »
Il affirme que c’est la directrice régionale d’EDG qui se serait opposée à l’opération « Elle a demandé ce qui se passait. Les gendarmes lui ont montré la réquisition. Elle a dit qu’elle ne la prenait pas et que personne ne sortirait. Elle s’est donc opposée aux forces de l’ordre. »a-t-il conclu
Aliou Maci pour Walpmedia.info







