La récente prise de position du président Mamadi Doumbouya, en faveur du maintien du franc guinéen plutôt que de l’intégration de la Guinée à la future monnaie unique de la CEDEAO, l’Éco, continue de susciter de nombreuses réactions. À Conakry, entre souveraineté monétaire et intégration régionale, les avis restent partagés.
Pour prendre le pouls de la population, la rédaction de Walpmedia.info est allée à la rencontre de plusieurs citoyens de Conakry. «Le franc guinéen garantit notre indépendance »
Rencontré dans une cafétéria de Sonfonia, un banquier estime que la souveraineté d’un État passe d’abord par sa monnaie «Je soutiens la position du président Mamadi Doumbouya. Avec notre propre monnaie, nous restons libres de définir notre politique économique et de choisir nos partenaires. Intégrer l’Éco impliquerait de respecter des critères communs et de se conformer à des règles qui pourraient limiter notre autonomie. Le maintien du franc guinéen est donc, selon moi, la meilleure option»
Selon lui, le fait que le franc guinéen ne circule qu’à l’intérieur du pays ne constitue pas un handicap «L’essentiel est de préserver notre autonomie financière. Une monnaie contrôlée par une autre entité ne garantit pas une véritable indépendance. Certes, notre monnaie connaît des difficultés, mais elle demeure un symbole de notre souveraineté »a-t-il expliqué
Même son de cloche chez Daouda Souaré, économiste et comptable au FADEM (Fonds de développement d’appui pour les médias).
Il rappelle que le franc guinéen a été créé le 1er mars 1960, quelques mois après l’indépendance, avant d’être remplacé par le Syli en 1972, puis réintroduit sous l’appellation Guinée Nouveau Franc (GNF) en 1985.
Pour l’économiste, cette monnaie constitue un symbole fort de la souveraineté nationale «La Guinée a été l’un des premiers pays africains à se doter de sa propre monnaie après son indépendance. Le franc guinéen représente donc une véritable fierté nationale », affirme-t-il.
S’il reconnaît que l’intégration monétaire à travers l’Éco pourrait offrir certains avantages, Daouda Souaré estime que la priorité doit être le renforcement de l’économie nationale.
Selon lui, le franc guinéen évolue dans un régime de change flottant. Sa valeur dépend principalement de la capacité du pays à produire des richesses «La monnaie est le reflet de la production. Plus la Guinée développe ses secteurs productifs, notamment l’agriculture et les activités du secteur primaire, plus le franc guinéen gagnera en valeur»dit-il
L’économiste invite ainsi les autorités à investir davantage dans les secteurs créateurs de richesse plutôt que de miser essentiellement sur le secteur tertiaire.
Il rappelle également que le projet de monnaie unique de la CEDEAO remonte au début des années 2000, sans avoir encore abouti.
Pour lui, la consolidation du franc guinéen passe avant tout par le renforcement de la production nationale.
En attendant une éventuelle mise en circulation de l’Éco, le débat reste ouvert. Entre les partisans de l’intégration régionale et les défenseurs de la souveraineté monétaire, la question continue d’alimenter les discussions au sein de l’opinion publique guinéenne.
Aliou Maci pour Walpmedia.info






