Légende de la musique guinéenne, Abdoulaye Breveté s’est confié à cœur ouvert à notre rédaction. Dans un entretien sans langue de bois, le doyen revient sur ses débuts dans le Super Teledjaz, l’origine surprenante de son nom d’artiste, sa carrière solo, ses rapports avec la nouvelle génération et sa situation au BGDA.

Des débuts précoces au sein du Super Teledjaz
À une époque où, selon lui, « les difficultés étaient moins, puisqu’on était des artistes du peuple et que pratiquement tous les jeunes étaient concentrés à une activité », Abdoulaye Breveté a fait ses premiers pas dans la musique alors qu’il était encore sur les bancs de l’école.
C’est en 7ème année, en 1970, qu’il intègre le groupe Super Teledjaz. Après quatre bonnes années de stage, de rigueur et d’apprentissage, il est retenu comme premier chanteur de l’orchestre.
«Après 4 bonnes années de stage, j’ai été retenu comme le premier chanteur de l’orchestre avec plus de 40 morceaux au sein de l’orchestre », se souvient-il avec fierté.
Une étape fondatrice qui va lancer l’une des plus longues carrières de la musique guinéenne.
Pourquoi « Breveté » ? L’histoire d’une bague
Beaucoup se sont interrogés sur l’origine de ce nom qui l’a rendu célèbre à travers tout le pays. L’artiste lève le voile sur une anecdote restée méconnue du grand public.
« C’est un nom qu’on m’a donné alors que je n’étais même pas arrivé au collège. À l’école, j’avais une bague sur laquelle était écrit « Breveté ». Donc pour me désigner, le maître me disait : Breveté, passe au tableau. Voilà comment le nom est resté sur moi », raconte-t-il en souriant.
Un surnom d’écolier devenu une marque, un nom de scène que toute la Guinée connaît aujourd’hui.
Une carrière solo lancée en 1988
Après ses années d’orchestre, Abdoulaye Breveté Diallo décide de voler de ses propres ailes. Sa carrière solo débute en 1988.
À son actif, quatre albums composés de plusieurs titres, plus une compilation réalisée avec plusieurs artistes dont la regrettée Fatou Linsan, paix à son âme.
Pour lui, l’artiste n’est pas un simple chanteur. Il est un messager et un rassembleur « Vous savez, l’artiste est un messager et rassembleur. Donc nous faisons tout dans nos chansons : l’amour, les conseils, la société et autres », explique-t-il.
« Je n’ai rien à regretter »
Interrogé sur son parcours et les sacrifices consentis pour la musique, le doyen ne montre aucune amertume.
« Je n’ai rien à regretter dans ma vie puisque j’ai choisi librement la musique. Donc tout ce que je gagne dedans, je ne peux qu’être fier », affirme-t-il.
En revanche, il ne souhaite pas voir ses enfants suivre le même chemin, du moins pas au détriment des études «Non, mes enfants ne sont pas dans la musique. Eux, je souhaite qu’ils poussent mieux les études que moi », confie-t-il.
Un cri du cœur pour le BGDA
Abordant la question des droits d’auteur, Abdoulaye Breveté ne cache pas son inquiétude face à la précarité de nombreux artistes de sa génération.
« Nous voulons que le BGDA fasse mieux. Sinon ce n’est pas évident. Vous imaginez une somme de moins de 2 millions pour toute l’année, c’est difficile à concevoir. Mais nous leur demandons de faire mieux. Ils connaissent mieux la situation que traverse chacun de nous quand même », déplore-t-il.
Anciens et nouveaux : un lien à renforcer.
Sur la relation entre l’ancienne et la nouvelle génération, l’artiste se veut lucide et quelque peu déçu.
« La relation qui existe entre l’ancienne et la nouvelle génération n’est pas aussi forte que ça. Ils sont rares ceux qui viennent auprès de nous pour avoir des conseils ou quoi que ce soit », regrette-t-il.
Il n’en demeure pas moins admiratif de ses contemporains « Les artistes de ma génération sont tous bons. Donc c’est difficile de dire que tel ou tel est comme ça. Il suffit de leur tendre le micro, ils sont capables de jouer sur n’importe quel beat. »
Un regard sans complaisance sur le métier
Pour Abdoulaye Breveté, le manque d’accompagnement reste l’un des plus grands freins à l’épanouissement des artistes guinéens.
« Vous savez que dans d’autres pays, les artistes sont accompagnés sur tous les plans, ce qui fait que tu n’as pas besoin de passer toute ta vie à faire des albums. Mais malheureusement chez nous, ce n’est que récemment que la donne a changé. C’est pourquoi, si ce n’est pas seuls ceux qui ont eu la chance, ils sont sortis victorieux et ne sont pas devenus des « mendiants » », lâche-t-il.
Un conseil à la nouvelle génération
En guise de conclusion, le doyen adresse un message fort aux jeunes artistes qui rêvent de percer :
« À la nouvelle génération d’artistes, il faut qu’elle soit au diapason et écoute beaucoup les anciens que nous sommes. Seuls les conseils peuvent les aider »
À plus de 50 ans de carrière, Abdoulaye Breveté reste une voix, une mémoire et une référence. Un monument de la culture guinéenne qui, malgré les difficultés, garde la tête haute et la passion intacte.
Aliou Maci pour Walpmedia.info






