Diplômé de l’Institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée (ISSEG), Alseny Touré, 26 ans, a choisi de se lancer dans la vente de friperie à Koloma 1. Une reconversion professionnelle née de la difficulté à trouver un emploi dans l’enseignement.
Entre jeans Levi’s, chemises vintage et vêtements soigneusement sélectionnés, le jeune diplômé accueille ses clients avec le sourire. Ses articles sont triés, repassés et parfumés, avec une attention particulière portée à la qualité.
Major de sa promotion en Histoire-Géographie à l’ISSEG, Alseny Touré se destinait à une carrière dans l’enseignement. Après plusieurs candidatures et des mois de stage non rémunéré dans un collège à Gbessia, l’attente d’un emploi stable s’est prolongée « J’ai déposé assez de dossiers. J’ai fait des mois de stages non payés dans un collège à Gbessia. On me disait toujours : “Attends, on va t’appeler.” L’attente est devenue une année », raconte-t-il.
Face à cette situation, il décide de se tourner vers le commerce. Avec une épargne de 350 000 francs guinéens, il accompagne un ami à Madina pour acheter des vêtements de friperie et se lance progressivement dans cette activité «Je ne connaissais rien à ce métier. J’ai tout appris grâce à une grande sœur et à quelques connaissances : reconnaître la bonne qualité, faire le tri entre les articles de premier et de deuxième choix, et fidéliser les clients sur WhatsApp », explique-t-il.
Pour Alseny Touré, le commerce ne se limite pas à la vente. Il y voit également une occasion de conseiller et de transmettre.
Il a notamment créé un groupe WhatsApp baptisé « Sapologie Conakry », qui compte 213 clients. Il y présente ses nouveaux arrivages et accompagne ses offres de conseils vestimentaires « Chez moi, on ne vend pas, on conseille. Chaque client a droit à une petite leçon de style », affirme-t-il.
Selon ses déclarations, son activité lui permet aujourd’hui de réaliser entre 250 000 et 300 000 francs guinéens de bénéfices par jour de marché. Il affirme également avoir formé deux autres jeunes diplômés à la recherche d’un emploi.
Au début de son aventure commerciale, Alseny dit avoir ressenti de la gêne face au regard de certains anciens camarades. Aujourd’hui, il affirme que plusieurs d’entre eux le sollicitent pour comprendre comment il a développé son activité «Mes parents voulaient un professeur. Ils ont eu un vendeur de friperie. Mais un vendeur qui n’a jamais cessé d’éduquer. Seulement, mes élèves ne sont pas en uniforme. Ils cherchent un bon jean, un pantalon ou autre chose », lance-t-il avec humour.
Malgré cette nouvelle orientation professionnelle, Alseny Touré ne considère pas avoir définitivement renoncé à l’enseignement « Je ne dis pas que j’ai renoncé à l’enseignement. J’ai juste cherché à gagner du temps et à ne pas rester inactif»a-t-il souligné
Son parcours illustre, à travers son propre témoignage, la manière dont un jeune diplômé tente de faire face aux difficultés d’insertion professionnelle en transformant une activité commerciale en source de revenus et d’expérience.
Kouyaté Mamadou Sékou pour Walpmedia.info






