La conférence de presse tenue par la Directrice Générale des Élections (DGE), en réponse aux requêtes du Front Démocratique de Guinée (FRONDEG) et d’autres partis politiques sur la gestion des candidatures aux élections législatives et communales du 31 mai 2026, restera dans les annales comme un exercice périlleux de communication institutionnelle. Attendue pour rassurer, clarifier et apaiser, la sortie médiatique de la DGE a produit l’effet inverse : elle a soulevé plus de questions qu’elle n’en a résolues et révélé, au grand jour, les failles béantes d’un processus électoral dont la crédibilité est déjà mise à rude épreuve. Nous ne pouvons, en conscience, laisser passer sans réponse les contrevérités juridiques et les postures d’autorité mal assumées qui ont émaillé cette sortie.
1.Une auto-incrimination sur la question des cautions
Le premier point qui mérite une analyse réelle est celui de la fixation des cautions électorales. En reconnaissant publiquement qu’il lui était « techniquement impossible » de mettre en place la commission financière avec les représentants des partis politiques et des candidats, telle que prescrite par la loi électorale en vigueur, la DGE a, sans le vouloir, donné raison au FRONDEG sur toute la ligne. Car ce que nous avons réclamé n’était pas une faveur politique, mais simplement l’application stricte de la loi. La commission financière n’est pas une option facultative laissée à la discrétion de la DGE, c’est une obligation légale, un garde-fou institué précisément pour garantir la transparence et l’équité dans la fixation des cautions. En avouant son incapacité à respecter cette disposition, la DGE ne s’est pas seulement « grillée », selon l’expression populaire, elle a officiellement documenté une violation de la loi électorale par l’organe même chargé de l’appliquer. Cet aveu, dit avec l’aplomb de quelqu’un qui croit convaincre, est en réalité un réquisitoire que le FRONDEG pourra utilement verser dans tout recours contentieux ultérieur.
2.La démission du président du CNT : un secret qui accuse
Le deuxième angle d’attaque de la DGE concernait la démission du président du Conseil National de la Transition (CNT). Or, c’est précisément la manière dont cette démission a été traitée qui pose un problème éthique et institutionnel fondamental. Dans un processus électoral transparent et digne de ce nom, la démission d’un haut responsable d’une institution républicaine, afin de se porter candidat, doit être publique, opposable à tous et notifiée dans des délais précis permettant à chacun d’en tirer les conséquences légales. Or, cette démission a été actée « en catimini », dans un arrangement discret entre la DGE et l’intéressé, loin des regards des autres acteurs du processus. Ce faisant, la DGE n’a pas joué son rôle d’arbitre neutre, elle s’est comportée en complice d’une transaction dont elle avait intérêt à contrôler la temporalité. Un arbitre qui valide discrètement la mise en jeu d’un acteur sans en informer les autres équipes ne dirige plus une compétition équitable, il truque le match avant même le coup d’envoi.
3.Un récépissé n’est pas une notification : la DGE contre le droit
L’argument le plus juridiquement intenable avancé lors de cette conférence de presse est sans conteste celui selon lequel « le récépissé vaut notification » et aurait dû constituer, à ce titre, le point de départ du délai de recours pour les candidats. Cette affirmation est non seulement inexacte, mais elle est dangereuse, car elle émane de l’organe chargé de veiller à la légalité du processus électoral. En droit administratif et en droit électoral, un récépissé est un accusé de réception : il atteste que l’administration a bien enregistré un dossier. La notification, elle, est un acte formel distinct par lequel l’administration porte officiellement à la connaissance du destinataire une décision prise à son égard, en précisant les voies et délais de recours. Confondre les deux, c’est priver délibérément les candidats recalés de leur droit fondamental d’exercer un recours en connaissance de cause. Si un candidat ne sait pas qu’une décision a été prise contre lui et dans quels délais il peut la contester, son droit au recours est vidé de sa substance. La DGE, en soutenant le contraire, a défendu une position qui viole les principes les plus élémentaires du droit à un recours effectif.
4.L’expérience sans sagesse : 22 ans pour quoi faire ?
La DGE a cru asseoir son autorité en brandissant ses « 22 ans d’expérience dans les élections en Guinée ». Mais l’expérience, sans capacité de remise en question, sans fidélité à la loi, sans indépendance vis-à-vis des injonctions du pouvoir, n’est pas une compétence : c’est une complicité qui se perpétue. L’histoire électorale de la Guinée est précisément jalonnée de crises, de contestations et de violences post-électorales que des techniciens aguerris n’ont pas su prévenir, soit par manque de courage institutionnel, soit par excès de servilité envers leurs mandants politiques. Vingt-deux ans d’élections mal organisées, contestées ou sanglantes ne confèrent aucune légitimité morale à celui ou celle qui s’en réclame. Ils constituent, au contraire, un bilan à examiner avec sévérité.
Au-delà des arguments juridiques, c’est la posture générale de la DGE qui interpelle. Une conférence de presse d’un organe électoral n’est pas un exercice de rhétorique personnelle. Elle doit être sobre, précise, factuelle et ouverte au dialogue. Or, ce que l’opinion publique guinéenne a observé, c’est un monologue dominé par un « je » omniprésent, trahissant une confusion entre la personne et l’institution. La Directrice n’est pas la Direction Générale des Élections, elle en est la représentante temporaire. Parler en son nom propre, défendre ses propres décisions avec une arrogance qui exclut toute remise en cause, c’est personnaliser une institution qui doit, par vocation, être au-dessus des egos. Cette confusion est caractéristique d’un dysfonctionnement institutionnel profond, qui transforme un organe technique en instrument d’une volonté individuelle ou de celle de ses commanditaires.
5.Le FRONDEG a-t-il tort de se méfier ?
À la lumière de tout ce qui précède, la position du FRONDEG quant au refus de s’associer à un processus dont « le début brise la confiance entre les acteurs » apparaît non seulement compréhensible, mais légitimement fondée. Un parti politique qui s’engage dans un processus électoral dont les règles sont appliquées de façon sélective, dont l’organe arbitre est incapable de respecter ses propres obligations légales et dont les décisions sont défendues par des arguments juridiquement invalides ne participe pas à une élection : il se soumet à une mise en scène. La méfiance n’est pas un caprice politique, c’est une réponse rationnelle à des signaux objectifs de partialité. Le rôle d’un organe électoral crédible est précisément de dissiper ces doutes par des actes, non de les amplifier par des conférences de presse condescendantes.
Vers une crise électorale annoncée : l’heure des responsabilités
En conclusion, si la DGE continue de gérer le processus électoral du 31 mai 2026 avec la même arrogance juridique et le même mépris des acteurs politiques, la Guinée se dirige inévitablement vers une crise électorale aux conséquences imprévisibles. Les élections inclusives ne se décrètent pas, elles se construisent dans la confiance, le respect scrupuleux de la loi et le dialogue sincère. Il n’est pas trop tard pour corriger le tir : la DGE doit reconnaître ses manquements, rectifier les irrégularités procédurales identifiées et ouvrir un espace de concertation véritable avec toutes les parties prenantes. Faute de quoi, l’histoire retiendra qu’une technicienne au service du pouvoir aura, au nom de son expérience, conduit son pays vers une énième impasse démocratique et que les signaux d’alarme avaient, pourtant, été lancés à temps.
Par Aboubacar Sidiki KABA, Secrétaire général du FRONDEG.
DGE confond autorité et arrogance
La conférence de presse tenue par la Directrice Générale des Élections (DGE), en réponse aux requêtes du Front Démocratique de Guinée (FRONDEG) et d’autres partis politiques sur la gestion des candidatures aux élections législatives et communales du 31 mai 2026, restera dans les annales comme un exercice périlleux de communication institutionnelle. Attendue pour rassurer, clarifier et apaiser, la sortie médiatique de la DGE a produit l’effet inverse : elle a soulevé plus de questions qu’elle n’en a résolues et révélé, au grand jour, les failles béantes d’un processus électoral dont la crédibilité est déjà mise à rude épreuve. Nous ne pouvons, en conscience, laisser passer sans réponse les contrevérités juridiques et les postures d’autorité mal assumées qui ont émaillé cette sortie.
1.Une auto-incrimination sur la question des cautions
Le premier point qui mérite une analyse réelle est celui de la fixation des cautions électorales. En reconnaissant publiquement qu’il lui était « techniquement impossible » de mettre en place la commission financière avec les représentants des partis politiques et des candidats, telle que prescrite par la loi électorale en vigueur, la DGE a, sans le vouloir, donné raison au FRONDEG sur toute la ligne. Car ce que nous avons réclamé n’était pas une faveur politique, mais simplement l’application stricte de la loi. La commission financière n’est pas une option facultative laissée à la discrétion de la DGE, c’est une obligation légale, un garde-fou institué précisément pour garantir la transparence et l’équité dans la fixation des cautions. En avouant son incapacité à respecter cette disposition, la DGE ne s’est pas seulement « grillée », selon l’expression populaire, elle a officiellement documenté une violation de la loi électorale par l’organe même chargé de l’appliquer. Cet aveu, dit avec l’aplomb de quelqu’un qui croit convaincre, est en réalité un réquisitoire que le FRONDEG pourra utilement verser dans tout recours contentieux ultérieur.
2.La démission du président du CNT : un secret qui accuse
Le deuxième angle d’attaque de la DGE concernait la démission du président du Conseil National de la Transition (CNT). Or, c’est précisément la manière dont cette démission a été traitée qui pose un problème éthique et institutionnel fondamental. Dans un processus électoral transparent et digne de ce nom, la démission d’un haut responsable d’une institution républicaine, afin de se porter candidat, doit être publique, opposable à tous et notifiée dans des délais précis permettant à chacun d’en tirer les conséquences légales. Or, cette démission a été actée « en catimini », dans un arrangement discret entre la DGE et l’intéressé, loin des regards des autres acteurs du processus. Ce faisant, la DGE n’a pas joué son rôle d’arbitre neutre, elle s’est comportée en complice d’une transaction dont elle avait intérêt à contrôler la temporalité. Un arbitre qui valide discrètement la mise en jeu d’un acteur sans en informer les autres équipes ne dirige plus une compétition équitable, il truque le match avant même le coup d’envoi.
3.Un récépissé n’est pas une notification : la DGE contre le droit
L’argument le plus juridiquement intenable avancé lors de cette conférence de presse est sans conteste celui selon lequel « le récépissé vaut notification » et aurait dû constituer, à ce titre, le point de départ du délai de recours pour les candidats. Cette affirmation est non seulement inexacte, mais elle est dangereuse, car elle émane de l’organe chargé de veiller à la légalité du processus électoral. En droit administratif et en droit électoral, un récépissé est un accusé de réception : il atteste que l’administration a bien enregistré un dossier. La notification, elle, est un acte formel distinct par lequel l’administration porte officiellement à la connaissance du destinataire une décision prise à son égard, en précisant les voies et délais de recours. Confondre les deux, c’est priver délibérément les candidats recalés de leur droit fondamental d’exercer un recours en connaissance de cause. Si un candidat ne sait pas qu’une décision a été prise contre lui et dans quels délais il peut la contester, son droit au recours est vidé de sa substance. La DGE, en soutenant le contraire, a défendu une position qui viole les principes les plus élémentaires du droit à un recours effectif.
4.L’expérience sans sagesse : 22 ans pour quoi faire ?
La DGE a cru asseoir son autorité en brandissant ses « 22 ans d’expérience dans les élections en Guinée ». Mais l’expérience, sans capacité de remise en question, sans fidélité à la loi, sans indépendance vis-à-vis des injonctions du pouvoir, n’est pas une compétence : c’est une complicité qui se perpétue. L’histoire électorale de la Guinée est précisément jalonnée de crises, de contestations et de violences post-électorales que des techniciens aguerris n’ont pas su prévenir, soit par manque de courage institutionnel, soit par excès de servilité envers leurs mandants politiques. Vingt-deux ans d’élections mal organisées, contestées ou sanglantes ne confèrent aucune légitimité morale à celui ou celle qui s’en réclame. Ils constituent, au contraire, un bilan à examiner avec sévérité.
Au-delà des arguments juridiques, c’est la posture générale de la DGE qui interpelle. Une conférence de presse d’un organe électoral n’est pas un exercice de rhétorique personnelle. Elle doit être sobre, précise, factuelle et ouverte au dialogue. Or, ce que l’opinion publique guinéenne a observé, c’est un monologue dominé par un « je » omniprésent, trahissant une confusion entre la personne et l’institution. La Directrice n’est pas la Direction Générale des Élections, elle en est la représentante temporaire. Parler en son nom propre, défendre ses propres décisions avec une arrogance qui exclut toute remise en cause, c’est personnaliser une institution qui doit, par vocation, être au-dessus des egos. Cette confusion est caractéristique d’un dysfonctionnement institutionnel profond, qui transforme un organe technique en instrument d’une volonté individuelle ou de celle de ses commanditaires.
5.Le FRONDEG a-t-il tort de se méfier ?
À la lumière de tout ce qui précède, la position du FRONDEG quant au refus de s’associer à un processus dont « le début brise la confiance entre les acteurs » apparaît non seulement compréhensible, mais légitimement fondée. Un parti politique qui s’engage dans un processus électoral dont les règles sont appliquées de façon sélective, dont l’organe arbitre est incapable de respecter ses propres obligations légales et dont les décisions sont défendues par des arguments juridiquement invalides ne participe pas à une élection : il se soumet à une mise en scène. La méfiance n’est pas un caprice politique, c’est une réponse rationnelle à des signaux objectifs de partialité. Le rôle d’un organe électoral crédible est précisément de dissiper ces doutes par des actes, non de les amplifier par des conférences de presse condescendantes.
Vers une crise électorale annoncée : l’heure des responsabilités
En conclusion, si la DGE continue de gérer le processus électoral du 31 mai 2026 avec la même arrogance juridique et le même mépris des acteurs politiques, la Guinée se dirige inévitablement vers une crise électorale aux conséquences imprévisibles. Les élections inclusives ne se décrètent pas, elles se construisent dans la confiance, le respect scrupuleux de la loi et le dialogue sincère. Il n’est pas trop tard pour corriger le tir : la DGE doit reconnaître ses manquements, rectifier les irrégularités procédurales identifiées et ouvrir un espace de concertation véritable avec toutes les parties prenantes. Faute de quoi, l’histoire retiendra qu’une technicienne au service du pouvoir aura, au nom de son expérience, conduit son pays vers une énième impasse démocratique et que les signaux d’alarme avaient, pourtant, été lancés à temps.
Par Aboubacar Sidiki KABA, Secrétaire général du FRONDEG.






