La décision du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation d’interdire l’existence de quarante partis politiques en Guinée sonne comme un nouveau coup dur porté au pluralisme politique. Derrière cette mesure administrative se cache une réalité préoccupante : des millions de Guinéens se retrouvent, de fait, exclus de la participation à la vie politique et de la possibilité de faire entendre leurs voix.
Jusqu’où ira cette restriction de l’espace politique ? La question mérite d’être posée avec sérieux. Veut-on mettre fin au multipartisme hérité de l’époque de l’ancien président Lansana Conté, qui avait ouvert la voie à une pluralité d’expressions politiques en Guinée ?
L’histoire politique de notre pays montre pourtant que chaque régime finit par passer. Ceux qui, aujourd’hui, cherchent à faire taire leurs adversaires peuvent se retrouver demain dans la position inverse. Le pouvoir est par essence éphémère, et nul ne peut prétendre en être le propriétaire éternel. Au-delà des calculs politiques et des fidélités circonstancielles, il existe une justice plus grande que celle des hommes : celle de l’histoire et celle de Dieu.
La démocratie, par définition, suppose l’existence d’opinions contradictoires. C’est même cette confrontation d’idées qui permet à une société d’avancer. Réduire l’espace politique au silence ou à l’unanimité apparente revient à fragiliser les fondements mêmes de la République.
Monsieur le Président Mamadi Doumbouya, l’heure est peut-être venue de privilégier la réconciliation nationale plutôt que les divisions politiques. Lorsque Dieu confie la destinée d’un pays à un homme, celui-ci se doit de gouverner comme un père de famille, soucieux de l’équité entre tous ses enfants. Aucun père digne de ce nom n’accepterait qu’un enfant soit injustement traité au profit des autres.
L’histoire, tôt ou tard, interrogera les décisions prises aujourd’hui. Elle jugera ceux qui gouvernent, mais aussi ceux qui conseillent et exécutent. Chacun devra répondre de ses actes, ici-bas ou ailleurs. Peut-être que certains parmi ceux qui subissent aujourd’hui l’injustice en ont infligé hier à d’autres. La politique guinéenne est malheureusement riche de ces cycles de revanche. Mais la sagesse voudrait que l’on rompe enfin avec cette logique. Sinon, il faudra avoir le courage de le dire clairement : la Guinée n’est plus un pays démocratique. Car si tout le monde doit se taire, alors il ne restera qu’à écouter le pouvoir sans jamais pouvoir lui répondre. Et peut-être que cela, finalement, conviendrait à certains.
Abdoulaye Kaback Camara







