La réforme des textes judiciaires engagée en 2016 en Guinée n’a pas encore permis de corriger toutes les failles du système pénal. C’est le constat dressé par Mamadou Malal Diallo, consultant national et membre de Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme, à l’occasion de la présentation d’une étude consacrée aux dysfonctionnements observés au sein de la chaîne pénale guinéenne.

Dans une intervention sans détour, l’expert a mis en lumière plusieurs insuffisances persistantes touchant différents acteurs du système judiciaire, tout en reconnaissant certaines avancées enregistrées depuis la réforme « En réalité, nous avons, pour chaque acteur de la chaîne pénale, ressorti quelques dysfonctionnements. Et qui parle de dysfonctionnements doit être à même de reconnaître les faits intéressants qui sont intervenus lors de cette étude », a déclaré Mamadou Malal Diallo.
Selon lui, malgré les efforts consentis depuis près d’une décennie, des cas préoccupants continuent d’être recensés dans le fonctionnement de la justice guinéenne.
Des détenus oubliés pendant 16 ans
Parmi les exemples les plus frappants évoqués par le consultant figure celui de huit détenus maintenus pendant seize années à la Maison centrale de Conakry sans jugement ni présentation devant un juge d’instruction « Comme je l’ai mentionné dans l’étude en 2014, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry avait fait libérer huit personnes qui étaient détenues depuis 16 ans à la Maison centrale. Ils n’avaient été ni présentés à un juge d’instruction, ni jugés », a-t-il révélé.
Pour le membre de l’OGDH, cette situation illustre clairement les défaillances profondes du système judiciaire et les atteintes aux droits fondamentaux des citoyens.
Il a également évoqué le cas d’un jeune homme blessé par balles qui, malgré le dépôt de deux plaintes, n’a obtenu aucune suite judiciaire « J’ai évoqué le cas du jeune qui avait reçu deux balles et qui a adressé deux plaintes : il n’y a pas eu de suite. Donc ça aussi, c’est un caractère de dysfonctionnements qui est constaté », a-t-il ajouté.
Au cours de son intervention, Mamadou Malal Diallo a aussi pointé du doigt certaines insuffisances dans le travail des officiers de police judiciaire (OPJ), estimant que plusieurs dossiers souffrent d’un manque de rigueur dans le traitement des procédures « Est-ce que les OPJ ont bien fait leur travail ? Ça laisse à désirer », a-t-il lancé.
Une déclaration qui relance le débat sur l’efficacité des enquêtes judiciaires et la nécessité de renforcer les capacités des acteurs chargés de l’application de la loi.
Au-delà du constat alarmant, l’étude présentée par l’OGDH propose une série de solutions concrètes destinées à améliorer le fonctionnement de la justice pénale en Guinée.
Le consultant a indiqué que treize recommandations ont été formulées, chacune accompagnée de plusieurs actions précises visant à faciliter leur application « Chaque recommandation comporte au moins 4 ou 5 activités qui permettent leur mise en œuvre. Parce que souvent, la grande difficulté, c’est que vous faites des recommandations, mais vous n’expliquez pas comment les mettre en œuvre », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette démarche vise à fournir une véritable feuille de route aux autorités compétentes ainsi qu’aux acteurs chargés du plaidoyer institutionnel « Nous avons pris l’attitude de faire en sorte que ceux qui vont être chargés de faire le plaidoyer au niveau des autorités concernées pourront éventuellement faciliter ou baliser la route pour ces autorités-là à la fin de la mise en œuvre de ces recommandations », a-t-il souligné.
Cette étude remet ainsi au centre des débats la question de la réforme effective de la justice guinéenne, dans un contexte où les organisations de défense des droits humains continuent d’alerter sur les lenteurs judiciaires, les détentions prolongées et les insuffisances dans le traitement des plaintes.
Aliou Maci pour Walpmedia.info







